Jean-Luc Nancy

  • L'Europe, depuis 1945, avait exporté ses guerres. Elle importe aujourd'hui une épidémie qui sème la confusion. Le coronavirus, produit de la mondialisation, déclenche une mécanique de forces techniques, économiques, dominatrices et du même coup remet en question le modèle de croissance. Cette crise sanitaire provient de nos conditions de vie, d'alimentation et d'intoxication. Ce qui était « divin » est devenu humain - trop humain comme dit Nietzsche. La loupe virale grossit les traits de nos contradictions et de nos limites. C'est un principe de réel qui cogne à notre porte. La mort, que nous avions exportée avec les guerres, elle que nous pensions confinée à quelques autres virus et aux cancers, la voilà qui nous guette au coin de la rue. Nous nous découvrons humains, mais sûrement ni surhumains ni transhumains. Trop humains ? Ou bien ne faut-il pas comprendre qu'on ne peut jamais l'être trop ? Une puissante et salutaire réflexion du plus grand philosophe français.

  • Que nous reste-t-il de la communauté? De ce qui a été pensé, voulu, désiré sous le mot de communauté? Il semble qu'il ne nous en reste rien. Ses mythes sont suspendus, ses philosophies sont épuisées, ses politiques sont jugées. On pourrait dire aussi: la communauté, c'était le mythe, c'était la philosophie, c'était la politique - et tout cela, qui est une seule et même chose, est fini. Ce livre essaie de dire ceci: il y a, malgré tout, une résistance et une insistance de la communauté. Il y a, contre le mythe, une exigence philosophique et politique de l'être en commun. Non seulement elle n'est pas dépassée, mais elle vient au devant de nous, elle nous reste à découvrir. Ce n'est pas l'exigence d'une oeuvre communautaire (d'une communion ou d'une communication). C'est ce qui échappe aux oeuvres, nous laissant exposés les uns aux autres. C'est un communisme inscrit dans son propre désoeuvrement.

  • Dans les coulisses des représentations d'une tragédie grecque, un figurant observe l'envers du décor : la machination et la révélation propres au théâtre, les tensions et les détentes des comédiens. Il rumine des pensées d'Aristote et du spectacle, de Benjamin et du Trauerspiel. Il entend la diction du poème, ses déclamations, ses clameurs. Il partage la solitude muette d'une statue de plâtre, témoin du recommencement perpétuel, fragile et immémorial de la scène. Journal tenu pendant les représentations des Phéniciennes d'Euripide mises en scène par Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe au Théâtre national de Strasbourg en 1982. Collection « Détroits » fondée par Jean-Christophe Bailly, Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe.

  • Anglais Excluding the Jew Within Us

    Jean-Luc Nancy

    • Polity
    • 22 Septembre 2020

    Why does anti-Semitism seem to be so deeply engrained in our societies, our institutions and our attitudes?  To answer this question we need to look beyond our current practices and see that anti-Semitism has much deeper roots - that it is woven into the very structures of Western thought.
    Jean-Luc Nancy argues that anti-Semitism emerged from the conflictual conjunction of two responses to the eclipse of archaic cultures.  The Greek and the Jewish responses both affirmed a humanity freed from myth but put forward two very different conceptions of autonomy: on the one hand, the infinite autonomy of knowledge, of logos, and on the other, the paradoxical autonomy of a heteronomy guided by a hidden god.  The first excluded the second while simultaneously absorbing and dominating it; the second withdrew into itself and its condition of exclusion and domination.  How could the long and terrible history of the hatred of the Jew, masking a self-loathing, be generated by these intrinsically contradictory beginnings?  That is the question to which this short book gives a compelling answer.

  • Si l'homme est bien « l'existant qui présente », alors il lui aura fallu inventer les outils et les formes de cette présentation : le langage, le dialogue, la représentation. Mais quels sont les enchaînements et les limites de ces formes ? Et comment le théâtre, qui les rassemble, peut-il, via l'espacement de la scène, ne pas les trahir ?
    Ce sont ces questions qui trament les deux dialogues ici reproduits : Scène, qui fut publié en 1992 dans la Nouvelle revue de Psychanalyse, et Dialogue sur le dialogue, qui date de 2004 et qui en fut le prolongement.
    Deux moments de haute intensité du travail en commun mené par les deux philosophes.

  • Les deux dialogues composant ce volume appartiennent à ce moment où, pour les auteurs, l'interrogation philosophique sur le politique croisait les faisceaux de questions mises en avant par la psychanalyse.
    À la lumière de l'approche freudienne du phénomène politique, ce sont les conditions de possibilité de l'existence collective qui sont interrogées.
    Dès lors qu'a pu être éloignée l'imposition d'une Figure (Dieu, Père, Chef, Peuple), comment et sur quoi étayer un être-ensemble capable d'échapper au délitement et à la panique ?

  • Deux philosophes s'entretiennent sur la situation et sur la signification de l'art aujourd'hui : ce que son nom veut dire désormais, ce que, bien loin d'être un nom désuet, il nous donne à penser de neuf. La pensée très élaborée de Jean-Luc Nancy sur ce sujet est reprise mais aussi continuée au cours d'une discussion où Jérôme Lèbre s'interroge avec lui sur la meilleure manière de saisir l'engagement du corps sensible dans l'activité artistique et l'approche des oeuvres, la relation de l'art à la technique, à l'histoire, sa modulation en arts traditionnels et nouveaux, sa position actuelle vis-à-vis de la religion, de la politique et de la littérature.

  • Dès son ouverture avec De la grammatologie- qui eût dit que le rubanvolé de Rousseau préfigurerait le déroulement d'un tel ruban d'écri-ture1? -, l'oeuvre philosophique de Jacques Derrida est impensablesans la littérature. Rarement la réflexion d'un philosophe se sera à cepoint tenue dans la proximité de l'étrange expérience commodémentdésignée par ce vocable (qu'il ne cessera d'ailleurs de distinguer des«belles-lettres», de la «poésie» et surtout de toute définition étroite-ment formaliste), non pour la domestiquer ou l'arraisonner mais pourrépondre à l'appel (et même à l'ordre, comme il l'écrira dans Le mono-linguisme de l'autre) qu'elle lui intimait.

  • À la jointure des beaux-arts et des belles-lettres, et peut-être aussi ancienne qu'eux, la question de l'ekphrasis loge au coeur de l'expérience esthétique. La description de l'oeuvre d'art se révèle en effet très rapidement indiscernable d'une certaine manière, qui en passe elle aussi par un toucher, sinon une touche, l'expérimentation de divers aspects sensibles de la matière mise à l'oeuvre par la chose de l'art. Nous avons souhaité, dans ce numéro de la revue Études françaises, rouvrir cette question à partir du « point de vue » de la déconstruction, et notamment des propositions philosophiques de Jacques Derrida telles qu'elles se donnent à lire dans le recueil de ses écrits sur les arts intitulé Penser à ne pas voir, selon le titre d'une de ses dernières conférences donnée à la Fondation du dessin de Valerio Adami en 2002 et qui condense peut-être l'essentiel de l'approche du philosophe à l'endroit des arts dits visuels, lui qui mettra au foyer de sa réflexion sur le voir la tache aveugle qui en est la condition.


  • Premier volume de la collection "Questions de caractère" - dirigée par Adèle Van Reeth et publiée en co-édition avec France Culture - qui explore les passions humaines. Une découverte philosophique de la "jouissance", dont la signification a beaucoup évolué avant de n'évoquer que la sexualité.

    La jouissance a une histoire. Tantôt condamnée au nom d'une morale supérieure, tantôt brandie sous forme de slogan (" Jouissez sans entraves ! "), elle est un puissant moteur individuel et collectif dont les penseurs, écrivains et artistes ont fait leur miel, sans pour autant toujours la nommer comme telle. Or, qu'est-ce que la jouissance ? La satisfaction d'avoir atteint le degré ultime du plaisir, ou la joie de celui qui use librement de ce qu'il possède ? Une expérience mystique et solitaire, ou le synonyme d'une consommation effrénée ?
    Dans ce livre, vous ne trouverez ni conseils avisés pour mieux jouir ni constat désolé d'une société qui identifierait la jouissance à l'absorption des biens et des plaisirs, mais une discussion captivante autour d'une expérience difficile à décrire qui soulève des enjeux philosophiques passionnants.
    Une réflexion à prolonger en écoutant sur France Culture " Les Nouveaux Chemins de la connaissance " d'Adèle Van Reeth.

  • The concept of community is tainted by the events of the twentieth century, frequently appropriated by totalitarian regimes for the purposes of exclusion and oppression. In this dialogue with Peter Engelmann, philosopher Jean-Luc Nancy attempts to reframe community as central to a reconceptualization of politics and democracy. Observing that all our interactions are in some way shared experiences, Nancy demonstrates that a common sense of life precedes our existence as individuals: we can only truly make sense of life in a plurality. Democracy is typically concerned with establishing political unity, yet its greater task lies in community: creating a space in which sense can realize itself and circulate. This conversation with one of France's foremost thinkers will be of great interest to all readers of contemporary philosophy and political theory.

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