Jean-Paul Enthoven

  • « Certains êtres sont parfois des virtuoses involontaires de l'instrument que nous sommes. Et ils le sont parce qu'un don mystérieux leur a offert un accès immédiat, presque violent, à ce que, d'ordinaire, nous dissimulons.
    Ces êtres, que nous identifions à peine quand le hasard nous met en leur présence, jouent d'instinct de cet instrument, donc de nous-mêmes. Rien, pourtant, ne les a préparés à l'exercice auquel ils vont exceller sans le savoir.
    Parfois, ils y prennent du plaisir. Parfois, ils s'en acquittent sans y songer. Comme des despotes qui se sentent obligés d'être despotiques, par conformité à leur nature, et presque à leur insu.
    Ces êtres sont redoutables car ils vont nous gouverner avant même d'avoir pris la peine de le vouloir.
    Mais nous aimons à la folie l'illusion qu'ils nous procurent d'être compris, ainsi que les doses de ravissement qu'ils ont versées dans notre existence - en même temps qu'ils y ont versé leurs doses de venin. 
    Blanche était de ces êtres-là...  »
      J-P. E

  • Les enfants de Saturne

    Jean-Paul Enthoven

    • Grasset
    • 11 Septembre 1996

    Qu'y a-t-il de commun entre le prince de Ligne et Drieu la Rochelle ? Benjamin Constant et Hemingway ? Brummell, Romain Gary et Chamfort ? Vivant Denon et Fitzgerald ? Berl, Hamlet et Stendhal ? Rien, bien sûr, sauf peut-être ceci :
    Ces individus furent, pour le meilleur et pour le pire, des victimes de leur mélancolie. Ce livre se propose ainsi, et d'abord, d'explorer le lien si mystérieux que la littérature entretient avec cette mélancolie, ce "bonheur d'être triste" - qui, dans la légende, est toujours associé au "souffle de Saturne". Mais il y a autre chose : chacun de ces individus n'apparaît dans ce livre qu'à travers des épisodes qui, de près, de loin, recoupent ou expliquent l'identité du portraitiste qui les convoque. Comme si, s'abritant derrière eux, celui-ci avait choisi de revisiter sa propre éducation amoureuse, esthétique, politique. Cet essai est donc, aussi, une confession.

  • « Les héros de ces  Saisons de papier ? Des femmes romanesques, des dandys incorrigibles, des grands vivants, des idéologues, des poètes, des imposteurs, des vaniteux, des illustres, des mélancoliques de génie ou de mauvaise foi... Toutes et tous sont des écrivains que je fréquente depuis plus de trente ans et dont les livres ou les voix m'ont, tour à tour, séduit, irrité, convaincu, déçu, enthousiasmé. Leurs noms ? Il y en a tant. Sur le versant classique : de Casanova à Kafka, de Madame de Lafayette à Flaubert ou Benjamin Constant. Et, sur le versant moderne : de Fitzgerald à Modiano, de Barthes à Kundera, de Claude Levy-Strauss à Cioran - entre cent autres. Chacun, par son oeuvre ou sa conversation, m'a appris à vivre et à aimer. Chacun, fût-ce par la qualité des exaspérations qu'il m'inspirait, m'a donné envie d'écrire, de publier, d'exister. Aux meilleurs d'entre eux, surtout, je dois le bonheur que seules procurent les belles phrases, les métaphores sublimes, les pensées de haute volée. Ces écrivains, je les rassemble ici. Ils ont belle allure. Et c'est à eux, finalement, et au miroir qu'il m'ont tendu, que je dois le peu que je sais de moi ». J-P. E

  • "Pendant quelques mois, ils vécurent chacun des moments que la vie réserve aux amants intelligents.Ils goûtèrent avec étonnement au privilège d'apesanteur qui accompagne les embrasements réussis.Et leur liaison fut d'envergure si variable qu'ils purent croire, les jours fastes, qu'elle avait la densité d'une passion..."J.-P. E.

  • Peut-on, comme Josué, arrêter la course du soleil ? Les morts sont-ils encore jaloux ? Pourquoi Marlon Brando écrivait-il des cartes postales qu´il n´envoyait à personne ? En quelle circonstance un débauché peut-il s´abandonner au fanatisme religieux ? Quels rapports y a-t-il entre Churchill, Alain Delon et un jeune berbère qui voudrait apprendre à nager ? Qui a inventé le monothéisme amoureux ? Et à quel instant, au juste, franchit-on la ligne de démarcation qui sépare la fin de la jeunesse du reste de la vie ? Telles sont, entre beaucoup d´autres, quelques unes des questions que se posent les héros de ce roman dont l´intrigue éclatée va et vient autour d´un lieu unique : le Palais de la Zahia (ce mot, en arabe, désigne la joie), situé quelque part, au sud, près d´un désert... Dans ce Palais - splendide, nécrosé, envahi par la végétation et les souvenirs - quelques amis, plutôt bien traités par l´existence, ont pris l´habitude de se retrouver dans une ambiance rieuse. Il y a là, parmi des créatures sexuellement très diversifiées, deux amis : un narrateur (très influencé par les livres de Stendhal et les films de Maurice Ronet ) et un certain Lewis, riche, célèbre, philosophe et épris d´ Ariane, son épouse rêveuse. Est-il nécessaire d´en dire davantage ? Ce roman - rythmé par une série d´interrogatoires confiés à un enquêteur énigmatique - revisite ainsi, dans un grand désordre de sensations et de péripéties: 1/ l´histoire d´une amitié 2/ La mémoire d´un Palais trop fréquenté par ses propres fantômes 3/ La chronique d´une passion clandestine avec une jeune veuve qui n´a pas froid aux yeux 4/ la lutte des uns et des autres contre le temps et ses alliés (haine, tempêtes de sable, solitude, vanité, peur, envie...) Bien entendu, il s´agit d´un roman. Et il va de soi que toute ressemblance avec des personnes existantes, etc, etc...

  • La dernière femme

    Jean-Paul Enthoven

    • Grasset
    • 4 Janvier 2006

    Un essai ? Un essai romanesque ? Un roman avec des personnages (presque tous) vrais ? Un peu de ceci, et beaucoup d'autres choses encore. La dernière femme reprend, très exactement, la méthode et le style des Enfants de Saturne où l'auteur avait choisi de « se » raconter à travers une dizaine d'hommes (dandys, excentriques, mélancoliques ou écrivains). C'était donc un autoportrait en creux ; une confession par personnages réels interposés... Cette fois, c'est à travers une dizaine de femmes que Jean-Paul Enthoven tente de raconter, à sa façon, sa drôle de guerre, ou sa drôle de paix, avec l'autre sexe. Les héroïnes qu'il a choisies sont plus ou moins légendaires : Louise de Vilmorin, alias « Marylin Malraux » ; « Laure », l'égérie vénéneuse de Georges Bataille ; Nancy Cunnard, la muse cruelle d'Aragon ; Louise Brook, la vamp lubrique et nihiliste du cinéma muet ; Marie Bonaparte, l'Altesse Royale qui sauva la vie de Freud ; Françoise Dorléac, qui mourut à l'âge de James Dean ; Zelda Fitzgerald, l'amour fou et l'épouse folle de Francis Scott ; Françoise Sagan, la nonchalante, la romancière mythique et oubliée de son vivant ; une inconnue, enfin, dite « la dernière femme », qui traverse le dernier chapitre autofictif de cette galerie.

    1 autre édition :

  • Aurore

    Jean-Paul Enthoven

    • Grasset
    • 3 Janvier 2001

    « C'est dans un miroir que j'ai croisé le premier regard d'Aurore. Elle se tenait derrière moi. Nos regards purent ainsi s'attarder avec impudeur, l'un dans l'autre, sans que personne ne s'en avise. Il n'est pas indifférent que ce soit ce miroir qui nous ait, en quelque sorte, rapprochés. Pas indifférent, non plus, que son visage me soit parvenu alors que je lui tournais le dos. J'avais eu, tout de suite, l'impression que cette femme sortait de mon passé et, de ce fait, il me parut naturel de la reconnaître sans l'avoir jamais vue. Tout, dans ce qui s'ensuivit, se déduira de cet enchaînement. En amour, c'est toujours le passé qui donne des ordres... » Le narrateur, piégé par la beauté et le mystère d'Aurore, se lance à corps perdu dans cet amour sublime. Aurore se donne, fuit, louvoie, embrase la vie joyeuse... et disparaît. Qui donc est cette femme aux cents visages ? Putain ? Princesse polonaise ? Femme damnée ? Reine ? Le narrateur enquête sur lui-même, sur la beauté qu'il aimait, méduse au corps multiple, à l'âme fausse - et les mots seuls apaisent le sang blessé.

  • Pour chaque " entrée ", les auteurs ont également pris le parti de ne pas revenir sur les aspects classiques du proustisme (il existe de nombreux dictionnaires qui s'acquittent déjà, et admirablement, de cette mission), mais de pointer des bizarreries, des " angles ", des " curiosa " inédites : de " A " comme Agonie, à " Z " comme " Zinedine de Guermantes ", de " Datura " à " Rhinogoménol ", de " Kabbale " à " Asperge ", de " Plotin " à " Schopenhauer " ou " Walter Benjamin ", ils se sont ainsi amusés à parler du Proust qu'ils vénèrent depuis toujours, de sa biographie autant que de son génie d'écrivain, veillant chaque fois à apporter de la " valeur ajoutée " à leur texte. Les proustiens de coeur y trouveront leur compte, ainsi que les proustologues de tête. De nombreux extraits de correspondance et de l'oeuvre elle-même sont reproduits dans ce " D.A " volontairement facétieux, érudit et, espérons-le, aussi savant que divertissant.

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