Littérature générale

  • Tout comme shmok, mentsh est un mot yiddish. Fondamentalement, il signifie «personne, être humain» et s'applique à tout individu sur terre. Chacun d'entre nous est une sorte de mentsh : Jean est un mentsh, Marie est un mentsh, même le petit Léo, occupé qu'il est à tirer la queue de son chien Farfel, est un mentsh. Farfel, lui, est une victime innocente qui mérite notre pitié, mais c'est un animal, pas un mentsh.
    Dans ce sens, nous somme tous des mentshn, indépendamment de nos aptitudes et de notre comportement. C'est une simple question de biologie. Mais le mode de pensée yiddish et la biologie ne font pas bon ménage et cela fait longtemps que mentsh n'est plus utilisé que pour parler de quelqu'un de bien.
    «Les autres paieront les pots cassés.» C'est le genre de sottise qui peut échapper à tout le monde, mais un shmok, lui, en fait une règle de vie. Et généralement il ne s'en rend même pas compte.
    Il faut le comprendre, ce n'est pas sa faute : personne ne lui a expliqué que sa mère exagérait un peu à l'époque où elle lui expliquait qu'il était le plus beau, le plus adorable, le plus prometteur et le plus intelligent ; que les autres, tous les autres, n'étaient que des benêts et des jaloux.
    Dans ce livre, Michael Wex nous livre enfin les clés d'une vie réussie, quelles que soient notre religion ou nos croyances, et nous explique avec une bonne dose d'humour comment le Talmud et les proverbes yiddish peuvent changer notre existence.

  • Aujourd'hui encore, près de soixante-dix ans plus tard, il est impossible pour un Russe d'évoquer « 1937 » sans un douloureux malaise. Par sa férocité, son ampleur et son arbitraire, la Grande Terreur stalinienne constitue indéniablement l'une des pages les plus sanglantes du XXe siècle, et aussi l'une des plus obscures. Quotas, arrestations, faux procès, tortures... Désormais, on en sait beaucoup sur cette tragédie collective et ses grands protagonistes, bourreaux et victimes.
    Mais à pareille échelle, on perd forcément de vue l'émotion et la souffrance, dans ce qu'elles ont d'intime et d'irréductible. C'est en effet à vue d'homme, à travers un destin individuel, que l'engrenage stalinien révèle pleinement sa violence aveugle.
    Ce livre raconte ainsi une tragédie personnelle : comment, inexorablement, le NKVD, la police politique de Staline, a fait de l'ingénieur chimiste Israël Saveliévitch Vizelsky un coupable.
    À partir de sources totalement inédites non destinées aux chercheurs et des bases de données élaborées par l'Association Memorial, une telle Micro-histoire de la Grande Terreur a enfin pu être écrite.
    Combien de temps et à quelle fréquence sont menés les interrogatoires ? À quoi renvoient les dépositions « conditionnelles », « mortes » et « vivantes » ? Qui sont les « jurisconsultes de cellule » ? Quelles peuvent être les circonstances et les motifs des dénonciations spontanées ? Autant d'interrogations élucidées au fil de cette étude novatrice, aussi dépassionnée qu'émouvante, qui reconstitue pas à pas le destin tragique d'un Soviétique parmi tant d'autres.

  • Pornographie, contraception, procréation artificielle, individualisme sexuel... autant de singularités de la sexualité contemporaine qui semblent en conflit avec la doctrine officielle de l'Église. D'où viennent-elles cependant, sinon de la tradition chrétienne elle-même, et cela malgré notre apparente déchristianisation?
    Une fois sortie de la simplicité biblique, des concepts chrétiens tels que la trinité, la virginité de Marie, l'immaculée conception ou la sexualité édénique deviennent le lieu d'un travail théologique permanent. De plus en plus éloignés des structures familiales anciennes, penseurs et artistes chrétiens inventent le plus étrange tableau de famille qu'on puisse imaginer, où le père est aussi mère, où le fils est également père, où le Christ est doté des deux sexes, où l'accouplement, la jouissance et la procréation deviennent dissociables... Et d'où procède un ferment de déstabilisation : cet excédent sexuel du christianisme, dont Pierre-Emmanuel Dauzat suit la formation et les transformations, depuis les origines chrétiennes jusqu'à la modernité de Sade et de l'utérus artificiel.

  • Charles Baudelaire n'est pas seulement l'auteur des Fleurs du mal. Il est aussi celui qui a compris, notamment dans Fusées et dans Mon coeur mis à nu, la profonde métamorphose des sociétés modernes.
    Au cours du Second Empire, l'ordre ancien achève de disparaître : ni les individus ni les valeurs n'ont plus de place définitive. C'est désormais le règne du premier venu, qui s'incarne dans différents personnages baudelairiens - le promeneur, le dandy, le tyran, la victime, le bourreau, l'artiste... Ce monde qui se démocratise est agité, à l'instar du coeur humain, de mouvements confus où chacun peut se retrouver soudain élu ou exclu, couronné ou sacrifié au terme d'un suspens qui se cristallise dans des situations-limites, telles que l'exécution capitale, le suicide, le complot ou simplement la solitude...
    Dans cet essai aujourd'hui réédité dans une nouvelle version revue et augmentée, Pierre Pachet nous restitue la pensée paradoxale et fulgurante d'un Baudelaire encore méconnu.

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