Éditions Triptyque

  • Les carnets de l'underground, ce sont les notes de terrain d'un club kid de Montréal, doctorant en études médiévales, qui court du Mile End à Berlin, en passant par Manhattan, pour ne rien manquer du lifestyle sexe, drogues et musique techno. Écrits dans une langue orale, désinhibée, rythmée par une pratique de l'écriture héritée d'Instagram, les carnets sont accompagnés des illustrations affriolantes de Jacob Pyne, qui répondent parfaitement à la mélancolie parfois autodestructrice du narrateur.

  • Héritier d'Ann Cvetkovich et de Gloria Anzaldúa, Désormais, ma demeure est un texte libre et libéré à propos de la dépression, dans lequel se contaminent magnifiquement la poésie en prose, l'essai littéraire, le récit de soi et la photographie. L'écriture de Nicholas Dawson transforme les mots et les images en outils de transmission puissants et pousse les genres littéraires et artistiques jusqu'à leurs ultimes retranchements. « Si les formes de la vie courante ne parviennent pas à nous rendre sensibles aux souffrances indicibles qui mènent à la volonté de s'ôter la vie », écrit l'auteur, « peut-être que les formes de l'art réussissent, quant à elles, à donner une voix, à travers nos récits, à celles et ceux qui ont péri avant nous ».

  • La Minotaure est un roman dans lequel une narratrice particulièrement terrifiée par l'idée de vivre témoigne de son enfance à travers des notes pour comprendre la source de ses effrois. La plupart de ses courts textes sont adressées à Maude, une amie décédée. Ce (faux) dialogue lui permet de tisser des liens entre son enfance et son âge adulte, et entre sa vie et sa mort qui, croit-elle, la guette à cause de cette tentation d'exister.

  • On peut imaginer que Billy-Ray Belcourt entend la poésie comme Audre Lorde la concevait, c'est-à-dire comme une « distillation révélatoire de l'expérience », une exploration honnête des sentiments qui se transforment, par l'action du texte, en « terreau fertile pour les idées les plus radicales et les plus audacieuses ». Les sentiments évoqués par Belcourt sont ceux de la queeritude : l'autochtonité et le genderfuck sont exprimés comme une performance souvent ratée par le poète qui ne parvient pas à trouver de corps qui soit compatible avec le sien, à l'ère des applications de rencontre comme Grindr, pour un véritable partage érotique et émotionnel. Changer le monde : voilà le projet dans lequel la poésie de Belcourt, par sa forme autant que par son propos, est engagée activement et frontalement. On peut donc placer Belcourt dans cette lignée de poètes autochtones canadiens tels Virginia Pésémapéo Bordeleau, Beth Brant, Natasha Kanapé Fontaine, Daniel Heath Justice, Leanne Betasamosake Simpson et Gregory Scofield qui, dans leurs oeuvres, formulent l'érotisme comme un aspect de la résistance décoloniale.

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