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Fayard
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La crise de la conscience européenne
Paul Hazard
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 28 Novembre 1989
- 9782213664286
"La majorité des Français pensait comme Bossuet: tout d'un coup, les Français pensent comme Voltaire: c'est une révolution", écrivait Paul Hazard dans ce livre désormais classique. De 1680 à 1715 s'affrontent en effet les idées les plus contradictoires et les plus puissantes. L'ordre classique, qui avait repris force après la Renaissance, paraissait éternel. Or, vers 1680, tout se met à bouger. Un air extérieur semble souffler dans le solennel édifice; des esprits ont l'audace de prétendre que les Modernes valent bien les Anciens, que le progrès doit l'emporter sur la tradition, la science sur la foi. "Il s'agissait de savoir si l'humanité continuerait sa route en se fiant aux mêmes guides ou si des chefs nouveaux lui feraient volte-face pour la conduire vers d'autres terres promises."
Une époque charnière donc, où l'esprit de doute surgit partout. Le goût des récits de voyage élargit les horizons et ébranle les certitudes acquises; on discute de la Bible, de l'authenticité des textes sacrés, des mystères; les libres penseurs font la guerre à la tradition; on parle de religion naturelle, de mort naturelle, de droit naturel, on rêve d'une ère de bonheur terrestre fondée sur la raison et sur la science, les philosophes prônent la tolérance. C'est ce formidable bouillonnement d'idées et d'hommes que décrit Paul Hazard, retraçant ici en quelque sorte l'histoire des origines de l'Europe contemporaine. -
" A la recherche de la peur ", l'historien Jean Delumeau a réussi une peinture sans précédent de l'Occident du XIVe au XVIIIe siècle, tout à la fois histoire des mentalités, histoire de la vie quotidienne.
L'auteur dépeint:
I. " Les peurs du plus grand nombre " (peur de la mer, peur des ténèbres, peur de la peste, etc.);
II. " La culture dirigeante et la peur " (l'attente de Dieu, la présence de Satan et de ses agents _ le juif, la femme _, la sorcellerie...).
Né à Nantes en 1923, agrégé d'Histoire, Jean Delumeau est depuis 1975 professeur au Collège de France. Il a derrière lui une oeuvre importante, marquée par des ouvrages qui lui ont valu une réputation internationale. Sa thèse sur Rome au XVIe siècle a été rediffusée dans une collection pour le grand public. La Civilisation de la Renaissance a obtenu le prix Gobert de l'Académie française en 1968. Les deux livres de la " Nouvelle Clio ", Naissance et affirmation de la Réforme et Le Catholicisme entre Luther et Voltaire, ont ouvert de nouvelles voies à l'historiographie religieuse. Enfin, Le Christianisme va-t-il mourir? continue de connaître un grand succès. Jean Delumeau est directeur de la collection " Les Temps et les Hommes " (Hachette) et codirecteur de la " Nouvelle Clio " (P.U.F.). -
Louis XIV et vingt millions de français
Pierre Goubert
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 1 Novembre 1991
- 9782213649085
Peu de livres, en ce XXe siècle, ont, autant que celui-ci, paru en 1966, marqué non seulement la corporation des historiens mais aussi le public. Eblouissant par la nouveauté du propos comme par le style, il fut en son temps salué _ ou dénoncé _ pour sa force de suggestion et son caractère corrosif, voire iconoclaste. Pour la première fois ou presque, il ne s'agissait plus de statufier (ou encore de dénigrer) le Grand Roi, mais de faire le portrait d'une société dans son épaisseur et sa complexité, et de saisir les ressorts du dialogue (souvent difficile) qu'elle entretenait avec son souverain.
Ce livre a ouvert à la recherche de multiples chantiers, souligné des lacunes, indiqué des pistes. Vingt-cinq ans après, les travaux _ souvent d'une exceptionnelle qualité _ qu'il a suggérés ont très largement confirmé et établi ce qui avait pu apparaître aux censeurs de 1966 comme une série d'intuitions hardies et d'assertions arbitraires. En des pages nouvelles, Pierre Goubert en dresse ici un bilan qui précise, complète, enrichit ce " grand classique " qu'est devenu et demeure Louis XIV et vingt millions de Français.
Professeur émérite à l'université de Paris-I, Pierre Goubert est le meilleur spécialiste actuel de l'Ancien Régime. Il est l'auteur, chez Fayard, de très grand succès: Initiation à l'histoire de la France (1984) et Mazarin (1990). -
La France de Richelieu
Michel Carmona
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 26 Septembre 1984
- 9782213650111
Les paysans sont-ils des bêtes? Faut-il excommunier les buveurs de chocolat? Un mouchoir sert-il à cracher dedans ou à couvrir la gorge des jolies femmes? Le don des langues est-il une preuve de diablerie? Est-il vrai que les Chartreux ont la grâce d'être à jamais exempts des morsures de punaises? Un Français catholique est-il plus proche d'un Espagnol catholique que d'un Français protestant? Telles sont quelques-unes des questions qui agitent la société française du temps de Richelieu.
Ne nous y trompons pas: nos ancêtres de ce premier XVIIe siècle, " siècle des héros et des saints ", sont infiniment proches de nous. Ils inventent le patriotisme et le sens de l'Etat, la pression fiscale, l'armée permanente, les grandes manufactures, une façon d'habiter dans les villes qui est déjà la nôtre. Siècle de Descartes et de la raison raisonnante, de l'Académie française et du bien parler, du théâtre classique et des bienséances, de la gastronomie française et de la presse d'opinion. Siècle de l'absolutisme et du jansénisme, où voisinent l'ombre équivoque du Père Joseph avec son cortège d'espions, Théophraste Renaudot, la marquise de Rambouillet et saint Vincent de Paul, siècle de mousquetaires et de ribaudes, d'artistes et de sorcières, de lyrisme et de calcul, de discordes et d'union nationale, c'est la France de Richelieu, première image de la France moderne.
Michel Carmona, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé d'histoire, est l'auteur d'un Marie de Médicis (Fayard, 1981) d'un Richelieu (Fayard, 1983) des Diables de Loudun (Fayard, 1988). -
L'aigle et le dragon ; démesure européenne et mondialisation au XVI siècle
Serge Gruzinski
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 4 Janvier 2012
- 9782213669366
Depuis le XVIe siècle le destin des hommes- qu'ils le
veuillent ou non- se déploie sur une scène planétaire.
Au début des années 1520, alors que Magellan fait voile
vers l'Asie par la route de l'Ouest, Cortés s'empare
de Mexico, et des Portugais, installés à Malacca, rêvent de
coloniser la Chine. L'Aigle aztèque se laisse anéantir, mais le
Dragon chinois élimine les intrus - non sans avoir récupéré
leurs canons.
Ces deux épisodes marquent une étape déterminante dans
notre histoire. Pour la première fois, des êtres originaires de
trois continents se rencontrent, s'affrontent ou se métissent.
Le Nouveau Monde devient inséparable des Européens qui
vont le conquérir. Et l'Empire céleste s'impose, pour
longtemps, comme une proie inaccessible.
Serge Gruzinski raconte ce face-à-face avec des
civilisations que tout séparait, mais qui, il y a cinq siècles, fascinaient déjà les
contemporains. Dans cette nouvelle et superbe exploration des
mondes de la Renaissance, il démonte les rouages de la mon-
dialisation ibérique qui a fait de l'Amérique et de la Chine
des partenaires obligés pour les Européens.Serge Gruzinski, historien de renommée internationale (directeur
de recherche au CNRS, il enseigne en France, à l'EHESS,
et aux-Etats-Unis, à l'université de Princeton), est l'auteur de
nombreux ouvrages dont La Pensée métisse (Fayard, 1999) et
Les Quatre Parties du monde (La Martinière,2004). -
Les racines chrétiennes de l'Europe ; conversion et liberté dans les royaumes barbares, V-VIII siècle
Bruno Dumézil
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 26 Octobre 2005
- 9782213649795
Pourquoi l'Europe est-elle devenue chrétienne ? Une évangélisation pacifique des populations a bien évidemment existé ; mais très tôt la force, et notamment la force publique vint s'ajouter ou se substituer au pouvoir de conviction des prédicateurs. Malgré la qualité de leur appareil législatif et administratif, les empereurs romains ne parvinrent cependant jamais à convertir l'ensemble de leurs sujets. Lorsque le dernier d'entre eux fut déposé en 476, l'Occident passa définitivement sous la domination de rois germaniques, dont à cette date aucun n'était catholique. Les politiques civiles de coercition religieuse disparurent et l'on put même douter que le christianisme survive à l'anéantissement de l'Empire.
Pourtant, trois siècles plus tard, l'Europe ne connaissait plus qu'une seule religion, le christianisme, et dans sa variante catholique, non pas arienne. Pour les contemporains, le phénomène parut mystérieux, car il était paradoxal. Les peuples barbares, vainqueurs de la puissance romaine, avaient accepté de se soumettre à la religion de leurs vaincus De façon plus extraordinaire encore, des évêques isolés et des législateurs d'États embryonnaires étaient parvenus à réaliser ce que Rome n'avait pas même rêvé d'accomplir. Comparer l'ampleur des réalisations à la modestie des moyens ne peut qu'amener à réviser l'idée que le christianisme a été imposé par la force. À moins que notre définition de la contrainte religieuse se révèle imparfaite face aux mentalités de ces siècles obscurs... Dans un âge d'inquiétude, la participation collective à des rituels d'unanimité ou la reconnaissance de signes surnaturels ont pu fléchir les consciences, sans pour autant les violer. De multiples facteurs sociaux, économiques ou culturels et intellectuels se sont superposés, comme autant de formes de pression subtiles qui amenèrent les individus au baptême (l'attitude changeante des monarques barbares envers les juifs fournit aussi quelques intéressants points de comparaison.).
Étendue dans l'espace à toute l'Europe occidentale sur pas moins de trois siècles, cette enquête rigoureuse et nuancée restitue ainsi le passage de l'Occident au christianisme dans toute sa complexité. En multipliant les angles de vue, elle propose une nouvelle approche du concept de liberté religieuse en un temps où convaincre et contraindre ne constituaient pas nécessairement des démarches opposées. Ce livre fera date. -
Le monde des salons : Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle
Antoine Lilti
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 19 Octobre 2005
- 9782213651828
Il est banal de dire que le XVIII siècle a vu se déplacer la vie sociale de la Cour vers la Ville, de Versailles vers Paris. Mais il ne suffit pas d'énumérer des anecdotes prenant pour cadre les salons de Mmc du Deffand et de Mmc Geoffrin, et de citer les écrivains ou les artistes qui les ont fréquentés. Ce qu'il faut comprendre, c'est la signification historique d'une forme de sociabilité. Ce livre offre, pour la première fois, une véritable histoire sociale et culturelle des salons parisiens du XVIII siècle, et permet de réviser de nombreuses idées reçues. Ces salons n'étaient pas, comme on le dit trop souvent, des lieux de discussion critique permettant de diffuser largement les idées des Lumières, mais bien plutôt les centres de la sociabilité mondaine, dévolus aux plaisirs de la table et du mot d'esprit, au théâtre de société comme aux intrigues politiques. C'est dans les salons que se recomposent les identités aristocratiques, que se forment les réputations littéraires et politiques, et que se prépare l'accès à la Cour. Le loisir lettré et les pratiques culturelles des salons deviennent alors un élément essentiel de la distinction aristocratique et de l'imaginaire national, tandis que de nombreux écrivains des Lumières adhèrent aux pratiques et aux idéaux des élites parisiennes et de la noblesse de Cour.
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Des vaisseaux et des hommes : la marine de Louis XV et Louis XVI
Patrick Villiers
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 13 Octobre 2021
- 9782213683614
Marine royale et marine de commerce françaises ne furent sans doute jamais aussi fortes qu'en 1789. La France maritime, et particulièrement la France des ports, est alors le moteur de la croissance du royaume. Or, à la suite des traités d'Utrecht (1713), le pays a perdu une partie de son empire colonial. En échange d'une paix sur mer de près de trente ans, le Régent puis le cardinal de Fleury ont sacrifié la marine de guerre. Directement victime des choix budgétaires et d'une politique continentale calamiteuse, elle s'effondre sous Louis XV. Par la victoire de la Chesapeake, cette marine donne pourtant leur indépendance aux États-Unis d'Amérique et permet ainsi un nouvel ordre européen.
Par-delà le rôle indiscutable de grands ministres tels Maurepas, les Choiseul, Sartine ou Castries, Patrick Villiers restitue un siècle d'histoire d'une marine de guerre française encore trop méconnue. Il dresse le portrait de ces hommes et de leurs vaisseaux, de leurs combats et de leurs engagements, autant que de l'incompréhension dont ils firent l'objet de la part d'une société de cour tournée bien plus vers la terre que vers la mer.
Professeur émérite en histoire moderne à l'université du littoral Côte d'Opale, fondateur du Centre de recherches en histoire atlantique et littorale, vice-président de la Société française d'histoire maritime, Patrick Villiers est auteur de deux thèses sur le commerce colonial atlantique, la marine royale et les corsaires. Ses ouvrages ont à cinq reprises été récompensés par l'Académie de marine.
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De la Cour d'Espagne au ghetto italien : Isaac Cardoso et le marranisme au XVIIe siècle
Yosef hayim Yerushalmi
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 26 Août 1987
- 9782213652870
De la Cour d'Espagne au ghetto italien, tel fut le singulier destin de Fernando Cardoso, médecin marrane et apologiste juif. Né en 1604 au Portugal, élevé en Espagne, Cardoso, grâce à de brillantes études, devint médecin à la Cour de Philippe IV. Intellectuel respecté, il connut les plus grands de son temps _ dont Lope de Vega _ qui le tinrent pour l'un des leurs. Comme nombre de descendants de Juifs convertis de force, Cardoso menait une existence ouvertement chrétienne et clandestinement juive. En 1648, au faîte de sa gloire, il quitte brusquement l'Espagne et se réfugie en Italie. A Venise d'abord, dans le ghetto de Vérone ensuite, où il finira ses jours, il professe publiquement le judaïsme. Signant désormais Isaac Cardoso, il publie l'un des plus beaux textes de l'apologétique juive: Las Excelencias de los Hebreos.
A travers cette biographie peu commune, Yosef Hayim Yerushalmi a profondément renouvelé la vision du marranisme. Pour la première fois, l'histoire des Crypto-Juifs d'Espagne et du Portugal n'était plus saisie dans une seule dimension _ espagnole ou juive _ mais dans le contexte des structures sociales, de la culture et de l'antisémitisme chrétiens de la péninsule ibérique et d'un judaïsme alors bouleversé par des courants messianiques. Elle révélait les mille canaux par lesquels la culture juive irriguait l'identité du marranisme.
Cette enquête historique modèle, pistant les hommes, traquant les faits ignorés ou refoulés, découvrant des archives inédites, mesurant la véritable ampleur d'un des phénomènes clés de l'histoire du judaïsme et de l'histoire hispano-portugaise, fait, depuis sa publication en langue anglaise, figure de classique.
Yosef Hayim Yerushalmi est professeur à l'Université Columbia, où il occupe la chaire Salo Wittmayer Baron d'histoire, de culture et de société juives et où il dirige le Centre d'études juives et israéliennes. Membre de l'American Academy of Arts and Sciences, membre honoraire de l'Academia Portuguesa da História, il est notamment l'auteur de Zakhor. Histoire juive et mémoire juive, dont la publication en langue française (1984) fut saluée comme un événement. -
Au nom de l'art ; 1933-1945
Limore Yagil
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 4 Mars 2015
- 9782213683300
La fascination exercée par Paris dans toute l'Europe depuis le début du XXe siècle se traduit, dès avant le premier conflit mondial, par l'établissement d'un grand nombre d'artistes dans ce lieu de liberté d'esprit et de création. Grâce à un enseignement de qualité, les Académies de peinture ou de musique, notamment, attirent des Russes, Polonais, Hongrois, Tchèques ou Allemands, futurs fleurons de l'École de Paris, éminents interprètes de l'Opéra et du Conservatoire.Avec les différentes vagues de migration, dont les artistes juifs fuyant les persécutions, se sont constitués dans la Ville lumière des réseaux d'amitié avec des artistes français, filières qui s'actionnent sous l'Occupation et Vichy pour protéger et mettre à l'abri les victimes du régime. Si l'on connaît l'intervention de Sacha Guitry et d'Arletty en faveur de Tristan Bernard, il y en eut beaucoup d'autres, révélées par Limore Yagil.À la croisée de l'histoire culturelle et de l'histoire politique, l'auteur remonte aux origines de ces réseaux de solidarité, retraçant toute une géographie de l'entre-aide, et interroge la signification qu'il convient de donner à ces différents actes de désobéissance civile.Docteur ès lettres en histoire du XXe siècle de l'Institut d'études politiques de Paris, Limore Yagil est chercheur associée à l'université Paris IV-Sorbonne. Spécialiste de l'histoire politique et culturelle de la France sous l'Occupation, elle a notamment publié L'Homme nouveau et la Révolution nationale de Vichy (Septentrion, 1997) et une trilogie, La France, terre de refuge et de désobéissance civile 1944) (Le Cerf, 2010-2011).
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La fin des corporations
Steven l. Kaplan
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 17 Janvier 2001
- 9782213650975
Les communautés d'arts et métiers sont une clef essentielle pour comprendre l'Ancien Régime, puisqu'elles réglementaient l'organisation du travail dans les villes et assignaient à chacun une place dans la hiérarchie de la société. Quels pouvoirs détenaient-elles ? Etaient-elles une barrière contre l'anarchie ou une entrave à la liberté des individus et du commerce ? Ces questions sont au coeur des débats sur la modernisation qui ont enflammé la France des Lumières. En 1776, Turgot, le ministre philosophe, tente de les abolir, mais le vaste mouvement de résistance qu'il soulève le contraint à reculer. Necker impose alors, avec plus ou moins de succès, un corporatisme d'Etat, à la fois plus souple et plus rationnel. Les nouvelles communautés qui se forment aux quatre coins du royaume ne sont abolies qu'en 1791, preuve qu'au début de la Révolution elles constituaient encore, malgré les critiques, l'un des piliers de l'ordre social et politique.
Dans ce récit de la lente agonie des corporations, Steven Kaplan fait revivre maître, apprentis et compagnons, montrant les conflits et les tensions qui agitaient souvent échoppes et ateliers derrière la fraternité affichée. Ce tableau coloré démystifie les visions caricaturales d'une institution dont l'histoire a longtemps été trop idéalisée avant de tomber dans l'oubli. Steven L. Kaplan est professeur d'histoire européenne à Cornell University. Il a publié, entre autres, Les Ventres de Paris. Pouvoir et approvisionnement dans la France d'Ancien Régime(Fayard, 1988) et Le Meilleur Pain du monde. Les boulangers de Paris au XVIIIe Fayard, 1996). -
Le sacrifice humain chez les Aztèques
Michel Graulich
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 19 Janvier 2005
- 9782213653105
Nulle part le sacrifice humain officiel, organisé par l'Etat, n'a été plus répandu que dans l'ancien Mexique. Les Aztèques eux-mêmes se vantent d'avoir immolé en trois ou quatre jours quelque 80 400 guerriers pour l'inauguration de leur Grand Temple en 1487. Cette pratique, qui nous paraît barbare, mais que toute une tradition tente de minimiser ou de justifier reste particulièrement difficile à comprendre. On dit parfois que le XXe siècle a vu bien pis avec ses génocides, mais le fait de sacrifier des ennemis n'empêchait nullement les Aztèques d'exterminer en plus des cités entières. Il est vrai aussi que bien d'autres civilisations ont immolé des hommes aux dieux, mais elles ont en général fini par passer au sacrifice animal, ou même, comme le christianisme, au sacrifice non sanglant.
Comment comprendre alors le cas des Aztèques ? Pourquoi ces mises à mort nombreuses, variées et raffinées ? Pourquoi cette implication de la société tout entière, les rois, les nobles et les prêtres, les sacrifiants - seigneurs, guerriers victorieux, riches marchands ou artisans -, et enfin l'ensemble des habitants, sans compter ceux d'autres cités parfois contraints, sous peine de mort, d'assister aux cérémonies ?
Les victimes sont présentées à la population qui les adopte et reste en contact avec elles. Certaines incarnent l'une ou l'autre divinité et se promènent pendant des jours dans la ville. Lorsqu'on les immole et les mange, c'est la divinité même qui meurt et renaît à travers elles. Ceux qui les offrent, les sacrifiants, les accompagnent depuis la capture ou l'achat jusqu'à la mise à mort, lorsqu'ils les conduisent au pied du temple ou de la pierre de sacrifice. Connus et visibles du début jusqu'à la fin, ils organisent les banquets finaux durant lesquels on mange l'homme-dieu, ils en conservent des reliques et gagnent du prestige, des richesses et des chances de survie dans l'au-delà. L'ampleur de la cérémonie glorifie la cité et écrase les rivaux invités à y participer. Mais les mises à mort massives de prisonniers de guerre sont aussi des meurtres inspirés par la vengeance, des meurtres dont ceux qui y assistent fascinés sont en fait complices, ce qui doit accroître le sentiment d'appartenance au groupe et renforcer sa cohésion. -
Histoire de la vieillesse ; de l'Antiquité à la Renaissance
Georges Minois
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 28 Janvier 1987
- 9782213648446
Chaque société a les vieillards qu'elle mérite: l'histoire antique et médiévale le démontre amplement. Chaque société sécrète un modèle d'homme idéal, et c'est de ce modèle que dépend l'image de la vieillesse, sa dévaluation ou sa mise en valeur. La Grèce classique, tournée vers la beauté et la force, relègue les vieux à une place subalterne. Au Moyen Age, le vieillard joue son rôle tant qu'il peut tenir le goupillon, l'épée, la bêche ou le livre de comptes. La seule limite est l'incapacité physique. En fait, il n'y a pas de troisième âge: il y a la vie et la mort. A partir du XIVe siècle, le poids des vieux s'accroît dans la société et entraîne un regain de critique contre les vieillards. La satire des mariages entre des hommes âgés et des jeunes femmes revient à la mode, comme elle l'était à l'âge de Plaute. Quant à la Renaissance, elle renoue avec les idéaux des Gréco-Romains. Ronsard recommande de cueillir " les roses de la vie ", mais dans le même temps, les vieillards actifs n'ont jamais été aussi nombreux: l'amiral Doria, septuagénaire, lutte contre l'octogénaire Barberousse, Michel Ange atteint 89 ans et Le Titien, 99...
L'ambiguïté fondamentale de l'attitude envers la vieillesse se retrouve cependant tout au long des siècles, car si le vieillard se plaint de son grand âge, il en tire gloire et cherche à prolonger ses jours. La fontaine de jouvence n'a-t-elle pas toujours été le plus fol espoir de l'homme occidental?
Né en 1946, agrégé, docteur en Histoire et docteur ès Lettres, Georges Minois est spécialisé dans l'histoire des mentalités religieuses du Moyen Age et de l'Ancien Régime. Il a consacré sa thèse d'Etat à la réforme catholique en Basse-Bretagne. Il enseigne actuellement à Saint-Brieuc. -
Histoire des filles de la charité Tome 2 ; XIXe-XXe siècle
Matthieu Brejon de lavergnée
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 30 Mai 2018
- 9782213711102
Qui ne connaît, au moins par leur riche iconographie, les célèbres cornettes des Filles de la Charité ?
Fondée par saint Vincent de Paul et Louise de Marillac au xviie siècle, la petite communauté parisienne a rapidement gagné la France des villes et des villages pour devenir la principale congrégation de soeurs actives à la fin de l'Ancien Régime. « La rue pour cloître » : telle était la règle de vie originale de ces femmes, ni cloîtrées ni mariées mais célibataires vouées au service des pauvres.
Après un premier tome consacré à la période moderne, Matthieu Brejon de Lavergnée aborde ici les deux siècles suivants, entre Révolution française et Deuxième Guerre mondiale. « Le temps des cornettes » : c'est celui d'un nouveau contrat social entre États et Églises pour répondre aux pauvretés de l'âge industriel comme à la forte demande d'éducation, de santé et de loisirs des sociétés urbanisées. Sensibles à la conjoncture politique, les Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul connaissent aussi exil et martyre en France, au Mexique ou en Chine. L'échelle des cornettes est désormais globale, de l'Europe à ses espaces coloniaux comme aux nouveaux mondes américains. Missionnaires, elles exportent un culte marial si français depuis les apparitions de Catherine Labouré en 1830. Mais encore institutrices, infirmières, éducatrices ou syndicalistes, elles accompagnent les nouveaux fronts de la professionnalisation féminine au xxe siècle. Elles contribuent ainsi à redessiner les rapports de genre au sein de sociétés dures aux femmes. Féministes, les bonnes soeurs ? La question mérite d'être posée.
C'est tout l'intérêt de cet ouvrage, appuyé sur de riches archives, que d'évoquer avec rigueur le rôle capital joué par des générations de femmes qui ont lié horizon spirituel et travail social.
Matthieu Brejon de Lavergnée est agrégé et docteur en histoire, maître de conférences habilité à la Sorbonne. Il est spécialiste d'histoire sociale et religieuse, et s'attache en particulier à une histoire de la charité, de la philanthropie et de l'assistance.
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Histoire des filles de la charité (XII-XVIII siècles)
Matthieu Brejon de lavergnée
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 13 Avril 2011
- 9782213664682
Les Filles de la Charité sont aujourd'hui encore la principale congrégation féminine hospitalière et enseignante, avec 20 000 soeurs dans près de 100 pays. Des clairs-obscurs de la photographie des années 1950 aux jubilatoires cornettes au vent des 2 CV de Louis de Funès, de la piété chatoyante des deux millions de fidèles qui défilent chaque année dans la chapelle de la médaille miraculeuse de la rue du Bac aux iconoclastes défilés de mode qui réinventent leur coiffe, qui ne connaît pas les célèbres soeurs de Saint-Vincent-de-Paul ? L'ouverture des archives privées de la Compagnie, croisée avec les archives publiques - notamment les papiers saisis en 1792 et conservés par les Archives nationales - a enfin permis d'écrire leur histoire. Fruit d'un travail de quatre années, ce volume court de la fondation par Vincent de Paul et Louise de Marillac d'une confrérie de bonnes filles au service des pauvres, nourrie par la spiritualité de l'imitation de Jésus-Christ propre à l'« École française », à la suppression des soeurs grises par la Révolution. Au croisement de l'histoire des femmes et de l'histoire religieuse, cette étude s'inscrit dans le courant des "gender studies", particulièrement développées dans l'historiographie anglo-saxonne, allemande ou encore italienne. Cet essai d'histoire totale d'une congrégation religieuse éclaire ainsi l'histoire de l'ancienne France, de ses splendeurs aussi bien que de ses misères.
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Vies privées, affaires publiques ; les causes célèbres de la France prérévolutionnaire
Sarah Maza
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 22 Janvier 1997
- 9782213652375
Entre l'affaire Calas et l'affaire du Collier de la reine, d'innombrables affaires ont marqué la fin de l'Ancien Régime. affaires d'escroquerie, querelles de ménage, abus sexuels, autant de drames privés dont les protagonistes sont alors au centre de procès retentissants. A partir de 1770, toute une génération d'avocats ambitieux vont en effet transformer le tribunal en scène de théâtre et peu à peu contribuer à la naissance de l'opinion publique.
Ce sont ces " causes célèbres " que raconte ce livre, en montrant le rôle des avocats et le succès populaire croissant des mémoires qu'ils rédigent pour défendre leurs clients. Prenant le relais des philosophes, ils y soulèvent sur un ton de plus en plus personnel les grandes questions qui agitent la société et dénoncent explicitement la tyrannie de l'administration, la morgue des aristocrates, le pouvoir arbitraire. Procès après procès, les histoires intimes ou " particulières " alimentent une vaste littérature judiciaire dont le sens politique devient évident: un cas d'adultère est assimilé à la rupture du contrat social, la défense d'une servante est prétexte à la mise en accusation du système judiciaire, la révolte d'un village, à la suite des abus du seigneur, devient le symbole de la nation tout entière. Ainsi se répand l'idée d'un " tribunal de la nation " que les avocats veulent ériger en juge suprême de leurs causes.
Sarah Maza, spécialiste de l'histoire culturelle des Lumières, est professeur d'histoire à la Northwestern University. Elle est l'auteur de Servants and Masters in Eighteenth-Century France. -
L'enfer est aussi vieux que le monde, ou plutôt que la conscience du mal. De l'épopée sumérienne de Gilgamesh à Huis-Clos, l'homme n'a cessé d'imaginer ce que peut être ce lieu infernal, en quoi consiste les souffrances qu'on y endure. Héros, poètes, moines visionnaires ont multiplié les descentes aux enfers et en ont ramené des descriptions horribles qui traduisent chacune les fantasmes de leur époque. Lieu de survie sans châtiments, lieu de punition éternelle, lieu abstrait, leur diversité constitue l'un des volets de la longue histoire de l'humanité.
La question de l'enfer dépasse de très loin le dogme chrétien puisqu'il est quasi absent de l'enseignement de Jésus. L'enfer chrétien est cependant le plus durable, le plus complet des imaginaires infernaux. C'est sous la pression populaire que l'Église fixe peu à peu sa doctrine officielle. Le Moyen Âge connaît un délire d'inventions macabres, de supplices infernaux dont Dante nous offre la vision la plus illustre. L'enfer populaire apparaît alors souvent comme la satisfaction, dans un rêve collectif, d'un désir de vengeance. Les théologiens du Grand Siècle vont rationnaliser cet enfer avec un rare raffinement. L'enfer devient une arme de dissuasion pour les prédicateurs qui voient en lui la preuve de l'existence d'une justice divine immuable. La fin du XIXe siècle marque l'apogée de l'enfer comme construction intellectuelle. Mais cet enfer, méticuleusement réglé, ne terrorise plus les fidèles depuis longtemps. L'enfer traditionnel, qui sanctionnait l'individu méchant, a disparu. L'enfer se situe désormais sur terre, prenant la couleur de la conscience moderne. -
Cette année-là, trois caravelles rencontrent un continent ; s'effondre le dernier royaume islamique d'Europe ; les Juifs sont expulsés d'Espagne ; un Borgia est élu pape ; meurent Laurent le Magnifique, Piero della Francesca, Casimir IV, roi de Polo-gne, Ali Ber, roi du Songhaï ; la Bretagne devient française, la Bourgogne disparaît ; l'Angleterre renonce au continent et se tournera vers les colonies ; débarquent en Europe le chocolat, le tabac, le maïs, la pomme de terre ; en Amérique arrivent la roue, le cheval et la variole ; Martin Behaïm construit à Nurem-berg la première sphère terrestre ; on publie à Ferrare le premier plan d'urbanisme ; on émet à Gênes la première lire ; le professeur Antonio de Nebrija fait paraître à Salamanque la première grammaire en langue vulgaire ; à Genève apparaît la syphillis ; au Vatican, on tente peut-être la première transfusion sanguine ; en Italie, on imprime pour la première fois le traité d'harmonie musicale de Boèce ; à Mayence, Middleburg prophétise la Ré-forme et annonce Luther ; en Espagne, on représente la première pièce de théâtre sur une scène fermée.
Cette année-là, Anvers supplante Venise au coeur de l'économie-monde ; l'Europe se tourne vers l'Atlantique, oubliant l'Est et son passé oriental, la Méditerranée et sa composante islamique. Elle se rêve pure, romaine et non plus jérusalmite. Se forge ce qui deviendra tantôt le rationalisme, tantôt le protestantisme ; s'inventent la démocratie et la classe ouvrière. On fait le projet d'un Homme nouveau. Commence à s'écrire l'Histoire telle que les nouveaux maîtres la raconteront pour leur plus grande gloire, vantant leur passion de la Raison, l'audace de leurs découvertes, leur goût de la vérité, leurs rêves de monuments et de musique.
J'ai voulu comprendre ici cette catastrophe comme disent certains mathématiciens , cette bifurcation comme disent des physiciens , ce rendez-vous, comme pourrait dire, plus simplement et sans doute mieux, le commun des mortels.
J.A. -
La société des princes ; XVI-XVIII siècle
Lucien Bély
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 27 Octobre 1999
- 9782213664095
Dans les royaumes des Temps modernes, la vie d'un prince était affaire d'Etat, et l'on suivait avec passion les étapes, de sa petite enfance à ses funérailles. Son destin était inséparable de celui des autres monarques, souvent ses parents. Les souverains constituaient aussi une société fermée au sein de la chrétienté et entretenaient des relations cruciales : François Ier et Henri VIII rivalisèrent de faste au Camp du drap d'or ; Louis XIV rencontra Joseph II voyagea incognito pour conseiller Marie-Antoinette et Louis XVI. Dans ce cercle des têtes couronnées, les rapports personnels définissaient les relations internationales, car ils signifiaient la guerre lorsque les monarques profitaient des crises de succession pour renforcer leur puissance, mais ils étaient également synonymes de apis lorsque les mariages princiers favorisaient les réconciliations.
Rassemblant de multiples témoignages sur les grandes dynasties, ce livre offre un tableau coloré de cette société européenne des souverains, dans laquelle l'émulation, les rivalités et les conflits n'excluaient pas des liens solides et où les femmes tenaient un rôle essentiel, puisqu'elles assuraient la continuité d'une maison et l'avenir de la monarchie. Il dévoile en particulier les règles et les lois secrètes de ce monde à part. Au fil du temps, l'humilité du prince chrétien laisse la place à une savante mise en scène de la majesté royale, puis les princes des Lumières cherchèrent à s'affranchir du carcan du cérémonial et à se rapprocher de leurs sujets.
Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, Lucien Bély est professeur d'histoire moderne à la Sorbonne. Il est l'auteur de nombreux livres, dont Espions et ambassadeurs au temps de Louis XIV (1990), Les Relations internationales en Europe, XVIIe-XVIIIe siècle (1992), La France moderne (1994). Il a également dirigé le Dictionnaire de l'Ancien Régime (1996) et codirigé L'Invention de la diplomatie (1998). -
L'argent et les lettres ; histoire du capitalisme d'édition (1880-1920)
Jean-Yves Mollier
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 21 Septembre 1988
- 9782213648682
Les grands mouvements de concentration actuels dans le monde de l'édition marqueraient la fin d'un âge d'or: celui de l'éditeur soucieux du travail de son auteur, de la qualité des textes, de la vente lente de chefs-d'oeuvre à venir, du dialogue avec ses lecteurs.
Le mythe a la vie dure. Jamais pourtant l'édition ne fit profession de mécénat. A embrasser, avec Jean-Yves Mollier, la période clé de 1880-1920, le lecteur découvrira que le capitalisme d'édition, alliant éditeurs, notaires et banquiers, était déjà vivace. Tout au plus avons-nous aujourd'hui changé d'échelle.
1880-1920: en quarante ans, l'édition passe du temps des éditeurs _ Louis Hachette, Michel Lévy, les frères Garnier, Edouard Dentu _ à celui des grandes entreprises éditoriales: Hachette et Cie, Calmann-Lévy, Plon-Nourrit, Flammarion, Fayard et bientôt Gallimard et Grasset. Pour l'édition, comme pour la finance, se pose alors le problème de la rentabilité, de la mobilité et de la rotation de son capital: la librairie est devenue une affaire financière, commerciale et industrielle, à l'expansion de laquelle s'intéressent les banques. Les éditeurs _ souvent fondateurs de grandes dynasties bourgeoises _ les Panckoucke, Dalloz, Mame, Didot _ se préoccupent de tous leurs titres, ceux qui figurent à leur catalogue et ceux qui sont cotés en Bourse. Certains sauront négocier le grand tournant qui conduira du livre pour bibliophile au produit de grande consommation pour le plus large public. D'autres, une fois fortune faite, géreront leurs biens comme de bons rentiers fascinés par l'immobilier, Panama ou les courses. Face à l'éditeur _ chef d'entreprise manipulateur d'argent _ les auteurs réagissent diversement, d'Emile Zola, recourant à la publicité pour vendre le plus d'exemplaires possible, à Pierre Loti, André Gide, Marcel Proust, Henry de Montherlant, généralement peu regardants sur les conditions souvent draconiennes qui leur sont faites, à Léon Bloy enfin, fustigeant le règne du Veau d'or.
Jean-Yves Mollier est chargé de cours en histoire contemporaine à l'Université de Paris X-Nanterre. Il est notamment l'auteur de Michel et Calmann Lévy ou la naissance de l'édition moderne. -
Le devoir de révolte ; la noblesse française et la gestation de l'Etat, 1559-1661
Arlette Jouanna
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 15 Février 1989
- 9782213652047
Se proclamer " Mécontent ", c'était pour les nobles, pendant le siècle troublé qui sépare les règnes de Henri II et de Louis XIV, se prévaloir d'un statut quasi officiel d'opposant à la politique royale. En l'absence d'institutions vraiment efficaces permettant de s'exprimer légalement, le recours à la violence apparaissait comme un moyen normal de faire entendre sa voix: les Mécontents qui avaient à se plaindre du roi ou de ses conseillers " prenaient les armes " pour faire pression sur lui et alerter l'opinion. Ces révoltes ambiguës ont rassemblé des hommes issus de catégories sociales variées, mais leurs chefs ont été des gentilshommes, parmi lesquels on comptait les plus grands noms de la noblesse. Ceux-ci poursuivaient un but commun, par-delà la diversité de leurs convictions religieuses: il s'agissait pour eux de promouvoir une plus grande participation des sujets _ dont ils s'estimaient les porte-parole naturels _ au gouvernement. Leurs prises d'armes ont été un effort désordonné et souvent désespéré devant l'évolution " absolutiste " de la monarchie, pour faire triompher une autre conception, tout aussi cohérente, du pouvoir et des hiérarchies sociales: pour eux, se révolter était un devoir.
La connaissance de ces révoltes, de leurs animateurs, l'examen attentif des écrits _ théoriques ou de circonstance _ publiés à leur occasion, est indispensable pour bien saisir la portée de l'évolution politique de l'âge classique auquel on est condamné à ne rien comprendre si on ne la situe pas dans la perspective des combats qui l'ont précédé. Après la Fronde se dégagera lentement une théorie politique plus ouverte sur la recherche de moyens institutionnels susceptibles d'incarner durablement l'idéal politique de la noblesse, ou du moins de la partie la plus riche et la plus éclairée d'entre elle. Au carrefour de l'histoire politique, de l'histoire sociale et de l'histoire des idées, cette démarche apporte une contribution décisive à l'étude des relations entre pouvoir et société dans la France d'Ancien Régime.
Professeur à l'université Paul-Valéry de Montpellier, Arlette Jouanna est spécialiste du XVIe siècle en général, et de la noblesse de cette période en particulier. Elle a publié en 1977 Ordre social. Mythes et hiérarchies dans la France du XVIe siècle. -
L'Eglise et la science ; histoire d'un malentendu Tome 1 ; de Galilée à Jean-Paul II
Georges Minois
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 23 Janvier 1991
- 9782213648491
La science moderne est née dans le premier tiers du XVIIe siècle. Galilée, qui en fut le principal initiateur, revendiquait l'autonomie de la science pour déchiffrer le livre de la nature. Sa condamnation, en 1633, par le tribunal du Saint-Office, est donc le point de départ du grand malentendu entre l'Eglise et la science. Le fantôme de Galilée va hanter la conscience catholique pendant trois siècles et demi: ce n'est qu'en 1982 que Jean-Paul II exprime les regrets de l'Eglise à propos de l' " affaire ".
Trois siècles et demi pendant lesquels l'Eglise perd peu à peu tout contrôle sur l'évolution des sciences car elle refuse de s'adapter aux nouvelles théories. Après avoir censuré les mouvements de la Terre, elle condamne la physique mécaniste de Descartes, l'atomisme, le darwinisme, les premiers résultats de la géologie et de la préhistoire qui contredisent la chronologie biblique et le déluge universel. La condamnation du modernisme, en 1907, marque l'apogée de l'immobilisme de l'Eglise.
Au début du XXe siècle, le dialogue reprend timidement. Pie XII affirme sa sympathie pour les savants. Mais des obstacles subsistent, surtout à propos de l'origine de l'homme. Les vieilles méthodes n'ont pas disparu, comme l'illustre l'affaire Teilhard de Chardin.
Aujourd'hui les progrès de la génétique et de la procréation artificielle renouvellent le débat. La mécanique quantique et le modèle inflatoire du big bang rapprochent les points de vue religieux et scientifiques. La visite de Jean-Paul II au CERN montre que les conditions d'une reprise du dialogue semblent réunies. Sommes-nous à la veille d'une deuxième grande synthèse? L'histoire nous enseigne ici la prudence.
Georges Minois, agrégé d'histoire, docteur en histoire et docteur ès lettres, est l'auteur de plusieurs ouvrages d'histoire sociale et religieuse, dont, chez Fayard, l'Histoire de la vieillesse et Le Confesseur du roi, ainsi que d'un Henri VIII. -
Histoire du suicide ; la société occidentale face à la mort volontaire
Georges Minois
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 7 Novembre 1995
- 9782213648545
La mort volontaire a presque toujours été l'objet de la réprobation sociale. Le Moyen Age l'assimilait au plus abominable des crimes, la considérant comme une insulte à Dieu, et réservait une macabre exécution à ceux qui se suicidaient.
Au fil des siècles, la question de la liberté de chacun sur sa propre vie a pourtant resurgi chaque fois que les valeurs traditionnelles étaient remises en cause: de Montaigne à Bacon, les humanistes vivent une première révolution culturelle et s'interrogent prudemment sur l'interdit chrétien. La célèbre interrogation d'Hamlet (1600) traduit le malaise lié à la naissance de la modernité. Sous l'effet des crises de la conscience européenne, le débat s'amplifie et la question est bientôt posée publiquement. " Ce n'est pas aux gens aimables de se tuer ", affirme Voltaire, tandis que se multiplient les traités qui tentent de comprendre les causes du suicide.
La Révolution dépénalise le suicide mais sans l'approuver: le citoyen doit conserver sa vie pour la patrie. Le XIXe et le XXe siècle ne se montreront guère plus ouverts, et le silence de l'Etat et l'Eglise contribueront à faire du " meurtre de soi-même " l'un des derniers sujets tabous de notre époque.
Georges Minois, agrégé et docteur en histoire, docteur d'Etat, est membre du Centre international de recherches et d'études transdisciplinaires (CIRET). Historien des mentalités religieuses, il a publié de nombreuses études dans ce domaine. -
Le moment antisémite ; un tour de la France en 1898
Pierre Birnbaum
- Fayard
- Nouvelles Etudes Historiques
- 21 Octobre 1998
- 9782213651217
Au tournant du siècle, en 1898, année de tous les dangers, la société française plonge dans un tourbillon antisémite. Dans les grandes villes comme dans les petites bourgades endormies, des foules en colère se lèvent qui brisent tout sur leur passage, arpentent inlassablement les artères principales en lançant : "A bas Zola ! Mort aux Juifs ! Vive l'Armée !" ajoutant même parfois: "Vive la République !" Jour après jour, des milliers de personnes défilent et affrontent durement la police. Les forces de l'ordre quadrillent l'espace urbain, c'est l'état de siège. On brutalise les rabbins et les passants on attaque les synagogues, on brise les vitres des boutiques, on brûle des mannequins représentant Zola et Dreyfus, on organise le boycott et la délation. L'usage de la violence est constant. Celui de la moquerie, de l'ironie de la dérision à travers cris, chansons, poèmes parfois rédigés en patois local, saynètes ou charivaris, tout aussi fréquent.
Pogrome sans victimes, ce moment antisémite demeure inconnu : ce tour de la France en propose une première recension. Une fois quitté Paris, le voyage s'organise autour de deux cercles de rayon inégal, l'un plus proche du centre, de Bourges à Lyon, Le Puy, Rodez, Périgueux, Limoges et Guéret, pivotant autour de Clermont-Ferrand ; l'autre, plus vaste, mène lentement de la Lorraine à la côte méditerranéenne, du Sud-Ouest à la Vendée, de la Bretagne à la Normandie.
Professeur à l'université de Paris-I, membre de l'Institut universitaire de France, Pierre Birnbaum a publié dans la même collection Un mythe politique : le "République juive" (1988) et Les Fous de la République (1992). Il a dirigé par ailleurs La France de l'affaire Dreyfus (1994).