• Que sera demain ? Nous voulons que la lumière soit faite sur les révolutions ou les guerres à venir, qu'on nous dise à l'avance lorsque les États qui détiennent nos créances seront mis en faillite. À défaut de percer le secret du futur ou d'en maîtriser la science, nous multiplions les scénarios, les prédictions, les prévisions que nous déléguons à des cohortes de spécialistes, de savants et d'experts relayés par les médiateurs de l'espace public et les pourvoyeurs d'opinion. Or, savoirs et pouvoirs s'organisent autour d'une parole oraculaire.
    Et si les think tank et les agences de notations financières n'étaient que la version contemporaine des oracles delphiques de l'Antiquité ? Dans ce livre passionnant qui traite des récits du futur et de leurs paradoxes, Ariel Colonomos plonge au coeur des usines du savoir et met à jour les mécaniques sociales qui gouvernent ces nouveaux temples des sciences politiques, des technologies de la sécurité et des fabriques de la finance. Il donne à comprendre pourquoi, en réalité, c'est la frilosité qui triomphe, pourquoi le futur, lié à des intérêts nationaux, est constitué dans une recherche systématique de la stabilité. Les intérêts des penseurs et des décideurs convergent dans le conservatisme : ceux qui sont censés savoir rassurent ceux qui sont censés agir, et l'industrie du futur ralentit la marche du monde.

  • C'est peu dire, la guerre fait retour. Elle n'est plus une affaire d'États en faillite qui guerroient en périphérie de la démocratie et du droit, mais implique désormais les puissances occidentales. Et lorsque les États-Unis partent en guerre contre l'Irak, lorsque Israël frappe le Liban en 2006 puis Gaza en 2008, les armes donnent une nouvelle jeunesse à la vieille idée de la guerre préventive. Pourtant celle-ci demeure bien mystérieuse. Il est donc urgent d'accorder attention et réflexion à la guerre préventive pour reconsidérer la condamnation a priori et sans appel de l'action américaine fondée sur l'idée qu'elle ne serait que l'émanation de la volonté de puissance. Comprendre la guerre préventive, c'est avant tout faire l'analyse de sa justification. Pour des raisons évidentes, la guerre préventive se veut juste et pourtant elle n'est pas strictement défensive. Les États-Unis sont une grande puissance, un hegemon. Israël est une puissance régionale, pourtant ils ont tous deux besoin de convaincre et élaborent une doctrine de la prévention dont les termes se recoupent. Ce livre montre comment la guerre préventive est indissociable de sa justification en relevant de nombreuses occurrences historiques qui font mieux comprendre les problèmes contemporains posés par la politique de prévention. Il fait voir quel est le trajet de cette idée en suivant les méandres de la tradition de la guerre juste et les âpres querelles juridiques qui opposent les défenseurs des droits de l'homme aux juristes militaires. Dans les faits, il montre comment la tentation de justifier l'action préventive est plus forte aujourd'hui, alors même que les armes sont plus précises, ce qui rend le calcul des chances d'obtenir un succès militaire à moindres frais plus engageant. Cette tendance actuelle à saisir sa chance au jeu de la guerre laisse entrevoir une question aussi simple que forte : la guerre est envisagée comme un pari, dans sa réalisation comme dans sa justification. Mais peut-on vraiment faire le pari de justifier une guerre qui parmi les guerres est la plus hasardeuse qui soit?

  • Simples rapports de forces, les relations internationales ? La chute du Mur a miné cette certitude. Un nouvel idéalisme international est apparu. Illusion angélique, parenthèse éphémère ou pragmatisme moral ? La morale peut-elle triompher sur la scène internationale ou bien ses manifestations ne sont-elles qu'illusions et bonne intentions ? Ce livre s'interroge sur la nature profonde des changements normatifs introduits à la fin du XXe siècle et donne aussi des éléments de réponse pour prendre position au regard d'une question dictée par la peur : le tournant du 11 septembre 2001 aurait-il jeté aux oubliettes l'espoir d'un monde meilleur réapparu dans les années 1990 ? Docteur en sciences politiques, spécialiste de l'éthique des relations internationales, Ariel Colonomos est chercheur au CNRS affilié au CERI (Centre d'études et de recherches internationales) et maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris. Il est en outre professeur invité à l'Université Columbia de New York.

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