Gallimard

  • Une mégapole intercontinentale et multiclimatique constituée de sept mégapoles dont l'une au moins est en guerre. Vaisseaux spatiaux, drones occupent l'espace céleste. En bas, animaux, monstres, fous de dieu.
    En bordure d'un district chaud de l'une de ces sept mégapoles, de climat chaud, à proximité de grands ports et de grands chantiers, et dans un reste d'immeuble (rez-de-chaussée, escalier, deux étages), un bordel mené par un maître jeune qui l'a hérité de son père, et qui se pique.
    Trois putains y traitent un tout-venant de travailleurs - époux souvent trompés, pères prolifiques -, de fugitifs, d'échappés d'asiles, de meurtriers : deux mâles, un père, son fils, Rosario, une femelle en chambre à l'étage et qui ne sort jamais - un chien la garde. Les deux mâles sont renforcés, en cas d'affluence, d'un appoint, époux abandonné avec enfants ; la femelle est le but sexuel mais il faut passer par l'un des mâles, le tarif comprend les deux prises.
    Vie domestique ordinaire dedans, et au dehors immédiat : toilette, à l'étage, des putains, leur exposition, en bas, à l'entrée contre le mur (la montre), prises disputées, conflit père / fils, saillies de putains à putains d'autres bordels pour renouvellement des cheptels.
    Aventures extérieures, surtout pour Rosario dont la mère survit dans un battage mi-urbain mi-rustique, climat humide, très lointain dans la mégapole. Il la visite à intervalles réguliers : le trajet d'aller, en camionnette ou fourgon locaux d'abord puis en bahut intercontinental, dure plus d'une journée, de nuit à nuit, la visite, quelques heures à l'aube, où, entre autres, la mère reprise le mowey, court vêtement, toujours redécousu, du fils.
    La fiction avance sous forme de comédie, crue et enjouée, de dialogues, de jactances, de direct sur l'action en cours.

    "J'ai écrit ce texte, de langue aisée, d'une seule traite et toutes affaires cessantes, comme exercice de détente dans le cours de la rédaction d'une oeuvre plus longue, Géhenne, à paraître prochainement : son emportement, son allégresse se ressentent, je l'espère, de cette exclusive heureuse. Le monde qui s'y fait jour n'est ni à désirer ni à rejeter : il existe aussi, en morceaux séparés par la distance, dans l'humanité actuelle ; et je ne suis ni le premier ni le dernier à vouloir et savoir tirer connaissance, beauté et bonté de ce qui peut nous paraître le plus sordide, voire le plus révoltant, à nous tels que nous sommes faits."
    Pierre Guyotat.

  • "Une mégalopole à la jonction de trois continents, d'océans, de cordillères ; mégapoles, bras de mer, fleuves, massifs, pics, glaciers, terres riveraines sous montée des eaux ; enchevêtrements de voies au sol et suspendues ; tours de verre, temples, ports, théâtres sur l'eau, habitats de pilotis, décharges-montagnes ; rats, chiens, rapaces diurnes et nocturnes, singes, serpents, fauves.

    Guerres, asservissements, peu de zones libres, très peu d'humanité paisible.
    En bordure d'un district de l'une des cités-mégapoles qui constituent la mégalopole, et devant une zone de chantiers portuaires, dans un ancien bar avec habitation à l'étage, un bordel. Un maître, fils de l'ancien tenancier, y possède trois putains : une petite femelle, muette, étendue à l'étage, deux mâles - celui, sans nom, qu'il a hérité de son père et l'un des très nombreux "petits" de ce mâle, épars dans les mégapoles : nommé, lui, Rosario.

    Ni "clients" ni "prostitué(e)s", figures et termes d'une sociologie et d'un érotisme désuets ; mais "ouvriers", "tâcherons" - presque tous bons époux et bons pères - et "putains" ou "mâles" et "femelles" ; humains et non-humains.

    La première partie de Joyeux animaux de la misère s'achevait provisoirement sur la copulation de Rosario avec sa génitrice en activité dans un bordel d'un lointain massif minier : une progéniture en est attendue.
    Cette deuxième partie, Par la main dans les Enfers, met en scène, en voix, entre autres, la castration, dans une rixe, du géniteur de Rosario puis le transport "sanitaire" du castrateur, pauvre ouvrier tueur de rats la nuit, aveuglé par ses rats en rage, vers des "urgences" d'accès difficile, à travers stupre, massacre et beauté."
    Pierre Guyotat.

  • Donation Grau : "Quel est le rapport qu'a l'artiste avec les autres personnes ?"
    Pierre Guyotat : "Quand vous êtes en plein travail, quand vous sortez, si vous êtes à la campagne, vous avez les oiseaux, les écureuils. Ce ne sont pas des interlocuteurs très actifs. Ils sont loin de nous. Si vous rencontrez un chien ou un singe, c'est peut-être un peu différent, mais c'est une question de regard. En ville, quand je sors, tout dépend de ce que j'écris. Quand vous avez écrit une page belle, intense à vos yeux, tout dépend sur qui vous tombez. Au fond, ceux qui échappent à ce carnage de cinq secondes, ce sont les enfants. Tout adulte est considéré comme un idiot. En tout cas comme quelqu'un qui n'a pas accès à ça. On a une sensation, non pas de supériorité mais d'altérité extrêmement grande. Elle ne dure que quelques secondes. Tout de suite, je reviens à la réalité, à la logique. De toute façon, ces gens devant qui je passe pensent. Ils ont aussi une vie intérieure. Donc, je rétablis. On peut aussi tomber sur des gens qui, par leur comportement, leur vestimentation, leur visage même, représentent tout ce qu'on peut détester. La vulgarité, le sommaire, etc. Ce sont les gens faibles dont vous vous sentez le plus proche à ce moment-là : les enfants, les vieux, les clochards, les vagabonds. Vous vous sentez, non pas supérieur, mais très proche d'eux. Les enfants : parce qu'il y a tout de même quelque chose d'enfantin dans l'activité artistique, dans cette façon de croire dans les mots, de croire dans les couleurs."

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