Plon

  • Ma Bretagne est d´Armor, le pays dans la mer. Elle est d´Armor, elle est d´Argoat - mer et forêts -, arrimée par l´ouest à ses destinées atlantiques, et par l´est à la pointe aiguë du socle européen.

    On y allait en train quand j´étais enfant. Le Paris-Brest à vapeur des années 50, la moleskine olivâtre du compartiment pour huit, les oeufs durs écalés sur les genoux, neuf heures de rail sans voir la mer ou si peu vers Saint-Brieuc.

    Ma Bretagne est d´abord le pays des miens. Ma mère, Yvonne, la première à me bercer de chansons marines et d´histoires. Mon père, Henri Queffélec, l´homme et l´écrivain que j´ai le plus admiré, le bel indifférent aux yeux d´horizon.
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    Entre nous, l´Armor est mon pays usuel, mon pays définitif, j´y naîtrai toujours.



    Yann Queffélec obtient le prix Goncourt en 1985 pour son romanLes Noces barbares(Gallimard). Il est aussi l´auteur duCharme noir (Gallimard), deBoris après l´amour(Fayard), deMa première femme(Fayard) et desSables du Jubaland(Plon).

  • "La mer, bergère d'azur infinie..."
    "Ce livre dit la mer, il dit l'aimer, l'avoir toujours aimée : il ne dit pas toute la mer, vaine ambition d'un fou. Même la grenouille y regarderait à deux fois. Ce livre dit le vieil homme et la mer, la femme et la mer, une lutte contre soi, contre ses rêves, une quête à la vie à la mort de l'horizon ni près ni loin, une osmose avec les éléments dont l'être humain fait partie - s'il n'est ici-bas le maître du jeu. Ce livre dit la mer et les marins, les écrivains, les travailleurs du grand métier, les artistes charmés, charmeurs, les damnés du poisson. Il dialogue avec l'univers par-dessus les jours et les flots. C'est un coquillage où l'on entend, j'espère, battre le pouls du verbe aimer. Ce livre raconte une histoire océanique, la mienne, il ne prétend jamais connaître la mer ni la réduire à ses cadenas, ses tics, l'exhiber à travers les mots comme une bestiole de foire. J'aime la mer et je m'en souviens, j'y vais, je vous emmène avec moi. J'en suis natif comme tous les êtres vivants de terre et d'eau, je vous fais part de cet amour plus vaste que ma voix, plus humble que mes songes.
    Un voyage, oui, autour du monde intérieur que je m'efforce d'encercler quand je prends la mer ou mon stylo. Quand je perds la raison à la barre d'un voilier qui ne réagit plus au vérin du " pilote ", et perd la raison lui aussi. Quand une île heureuse vient à moi, donnée comme un livre de vie. Quand c'est crado, les ports, les grèves, les abysses, les gens du fric, quand elle gâche tout, la pollution, quand il étouffe, le corail d'Australie, des Antilles - ou qu'il renaît, squelette radieux. Quand il n'y a plus rien à dire tellement c'est beau, la mer, infiniment beau, et que l'on n'est pas seul au bord de cet infini. Aimer la mer, c'est au minimum être deux, être tous. Aimer la mer c'est " être " - c'est vivre."

  • L'histoire de Zou et Tiana se situe dans un pays où le mot "misère" est encore trop joli pour  décrire la situation. Dans cette mélasse quotidienne où la vie ne représente plus qu'une pauvre petite flamèche qui vacille, le seul espoir est représenté par les bateaux de toutes nationalités croisant à l'horizon. Le salut se situe dans un ailleurs bien hypothétique...0300 Ils sont adolescents, miséreux désoeuvrés. Ils rêvent d´Europe, un rêve dangereux et secret. Ils vivent en communauté sur une page du Jubaland, au sud de la Somalie. Les uns regardent les grands navires avec l´espoir de s´en emparer. Les autres se verraient bien dans la milice ou la mafia. Zou et Dalia sont décidés à filer en douce. Ils n´ont plus rien à perdre...

    Yann Queffélec obtient le prix Goncourt en 1985 pour son romanLes Noces barbares(Gallimard). Il est aussi l´auteur duCharme noir(Gallimard), deBoris après l´amour(Fayard), et deMa première femme(Fayard).

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